Reste

21 octobre 2012 at 17 h 39 min (Coups de Coeur) (, , )

Pense que ta main est dans la mienne,
Que mes baisers te reviennent,
Quand ils partent, comme je l’ai fait souvent
Sans le vouloir vraiment.
Crois que mes silences sont les tiens,
Dans le tendre va-et-vient
De nos lèvres qui s’effleurent, épanouies,
Au cœur de ce bouquet de non-dits, ravis
À ces étreintes en vase clos.
L’écho
Dans le lointain,
Est-ce toi ce cri soudain,
Alors que nos bouches sont unies ?
Cette rumeur incessante qui me dit :
« Viens, avant que je ne m’en aille,
Je te somme de prendre part à la bataille,
De m’écorcher !»
Des mots que tu n’as pas prononcés.
Je suis partie, tu ne l’a même pas su.
Je ne reviendrais pas puisque tu l’as voulu.
Ces paroles qui nous ont bousculées
Elles viennent de nous, de nos pensées.
J’ai mis les voiles sur ce que je ne voulais pas voir
Pour faire renaître en toi, en moi, l’espoir
De nous retrouver,
Lorsque les jours pluvieux se seront écoulés.
Le pire empire
Que nous voulions conquérir
C’est cette liberté
Qui nous a condamnés
A vivre l’un contre l’autre,
Au lieu de respirer cet amour qui est le nôtre.
De bienveillances en reproches
De te sentir dans l’absence si proche
Alors que tu es loin.
Tes soupirs en mon sein,
Les caresses que l’on se fait malgré nous
Lorsque nous sommes tous les deux à bout,
Qui nous remplissent de joies
Teintée de jadis et de pourquoi.
Je veux que tu sois là.
Je t’en supplie ne te retourne pas
Sur ce que nous avons fait
Il n’y aurait que des regrets.
L’amertume tue la vie,
Nous la voulions jolie,
Et nous avons fait ça,
Nos sentiments au milieu des gravas.
Délestons-nous
De ces tabous
Qui nous ont conduits jusqu’ici,
A estimer que tout ce que l’on s’est dit
N’a jamais existé,
Quoique nous en ayons si souvent pleuré.
Il subsiste cette tendresse
Cette esquisse qui ne cesse
De dessiner notre avenir,
De destiner nos souvenirs
A un futur certain.
Lorsque nous reprendrons le chemin
De ce « Nous » auquel nous avons cru,
Qui se noie de jamais plus,
Que l’on aime, que l’on déteste,
Nous percevrons cette lueur céleste,
Gisant dans notre espace.
Elle nous ranimera, fugace,
D’un frôlement imaginé,
Dans un désir mêlé,
Et nous dirons « reviens vers moi
Il ne me manque plus que toi,
Tes sourires, ton corps et tes gestes
Je t’aime encore. Reste. »

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Humanoïdes

4 décembre 2011 at 18 h 50 min (Coups de Sang) (, , )

Vous traînez dans nos rues vos masques d’infortune,
L’indifférence acide a rongé votre peau,
Vos désirs sont des luttes et vos cris nos fardeaux,
Gens blessés que l’angoisse a gorgés de rancune.

Hier vous aviez tout, on vous ouvrait la porte,
Vos maisons étaient pleines à crouler sous les biens,
Les yeux clos sur l’effroi de ceux-là qui n’ont rien,
Hors des plaintes affamées que la ville transporte.

L’enfer vous a happé dans son gosier de haine
Un matin de printemps que vous n’attendiez pas,
Vous a jeté dehors comme le poids qui nous freine

D’avancer toujours plus vers l’habile constat
Que l’homme qui ne sert, quand il perd son emploi,
N’est plus au consortium qu’une vague âme en peine.

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Un jour, je me suis indignée

27 octobre 2011 at 12 h 35 min (Coups de Coeur) (, , , , , )

Je suis indignée de voir que le monde crève. Sur cette planète bleue qui a tant à nous donner.

Je suis indignée de voir avec quelle désinvolture nous allons la pulvériser, si l’humain en nous ne se réveille pas, ne se regarde pas et ne s’entend pas.
L’humain a besoin pour exister de rêves, d’espoir, d’amour et d’idéal, il a aussi besoin de boire et de manger.

J’écoute ces ventres affamés, cette eau vitale trop chère payée, et les toits qui s’écroulent ou qui sont confisqués.

Je suis indignée de devoir me demander comment, chaque matin, moi et bien d’autres, il faudra survivre, au lieu de vivre comme tout un chacun, alors qu’on le pourrait très bien.

Je dis que je suis indignée. Tant que j’ai encore une place, tant que je suis encore une voix que d’autres peuvent entendre.

Je descends dans la rue avant qu’on ne m’y jette, puisqu’il est temps d’arrêter ça. Pour parler avec les autres qui veulent arrêter ça.
Descendre dans la rue pour l’occuper de mes idées plutôt que d’attendre de devoir le faire de ma misère.
Muriel Roland Darcourt
Octobre 2011

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La Dette

25 septembre 2011 at 11 h 51 min (Coups de Tête) (, , , , )

 

Dans le vaste théâtre politique, au sein de la cacophonie hérétique qui bouleverse ce nouveau monde que la finance déjantée inonde de cet argent factice qui porte à l’ensemble des valeurs un véritable préjudice, le berceau de la culture européenne se meurt. Son peuple, qui nous a apprit la démocratie, se demande à quel prix l’Union va vouloir le sauver, écrasé chaque jour un peu plus par la rigueur.

Combien vaut un pays qui nous a tout donné, à commencer par la chose terrestre la moins dérisoire, celle qui a fait l’humanité : le Savoir ?

Combien a-t-on payé pour ce que Socrate nous a enseigné, combien de pièces et de billets Hippocrate, Pythagore, Aristote, Archimède et Sophocle nous ont demandé en échange de ce qu’ils ont apporté à nos âmes de grossier ripailleur bagarreur ? Qui aurait oublié d’honorer une dette pour payer l’érudition d’un Platon ?

La culture aurait-elle un prix que ce serait lui faire injure de ne pas la préserver à tout prix.

L’argent mène aujourd’hui le monde, chaque chose se monnaye à chaque seconde. Payons alors ce que nous leur devons.

Notre intelligence d’hommes évolués parce qu’éduqués, que nous ne savons visiblement pas estimer de notre juste raison, a un coût dont nous ne nous sommes jamais acquittés, et il serait peut-être temps de rembourser avant qu’un peuple tout entier ne se taise à jamais, pour une poignée de devises qui n’existent même pas, qui ont pour seule cotation celle qu’on leur a octroyé un jour de déraison.

Dans cette course folle après l’argent nous oublions l’enseignement des plus grands. Les idées mènent la société bien plus que toute autre valeur, et les laisser crever c’est tuer, pour tous, des lendemains meilleurs.

 

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Vol d’écrits

23 septembre 2011 at 10 h 11 min (Coups de Sang) (, , , )

 

Je venais de terminer un texte, pas le plus beau qui soit mais tout de même j’étais contente de moi. Je disais des choses d’une manière simple, pour une fois, et ces mots étaient adressés à quelqu’un qui m’est cher, pour lui plaire, et étaient censés lui faire du bien.

Je l’ai posté comme on envoie une lettre, dans l’écrin de mon site qui recèle ce que je suis ou ce que j’aurai pu être, en espérant que ce quelqu’un le lise, et me dise qu’il l’avait bien reçu comme une caresse que j’aurai voulu lui prodiguer par des phrases que j’avais concoctées.

Je suis allée faire un tour sur la toile, là où chacun se dévoile, où les écrits et les cris s’entremêlent, qui parfois résonnent comme un appel, comme cette lettre que je venais de semer au vent des lecteurs assoiffés d’entrevues virtuelles, quand au détour d’une page j’aperçus une image sous laquelle mon texte était posé, mot à mot, enfin presque, juste un nom et un adjectif changé.

Je restais éberluée devant autant d’audace, de voir mon texte signé de la main de quelqu’un d’autre, proposé dans un autre contexte et à une autre place, avec ces deux vocables où la laideur se vautre, trahissant mon aubade de ces fades propos, et provoquant chez les liseurs une sorte de quiproquo : qui a écrit ces mots ?

J’ai ressenti comme une violence inouïe, l’usurpation de mes écrits, distillés au gré de la malhonnêteté d’un être avili de s’être approprié ce qui n’est pas de lui. Cet infâme voleur de lettre qui s’enorgueillit d’être un auteur alors qu’il sait lui-même qu’il est loin d’être à la hauteur, a pillé mon poème, dérobé mes envolées de mots, bien à l’abri caché par un pseudo.

Faut-il arrêter de poster des fragments étoilés de nos vies, sur la toile, au gré de nos envies, pour offrir à ceux que l’on aime des récits emplis d’intimité profonde, parce que quelques voleurs de lexies les spolient d’une manière immonde ? Faut-il faire fi de ces détournements de fantaisies vagabondes qui nous donnent l’odieuse sensation d’être comme cambriolés aux yeux du monde ?

 

 

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Jérusalem

3 juillet 2011 at 10 h 48 min (Coups de Sang) (, , , , )

Un jour, en pleine lumière, dans un moment d’hébétude extraordinaire, de foi profonde, de volonté d’aimer les Hommes, de leur faire comprendre qu’ils n’étaient pas toujours justes, que le monde tout entier était injuste et qu’il prenait la mauvaise voie, j’ai décidé, d’un commun accord avec moi-même, et sous la bienfaisance de Dieu sait quoi, de prendre sans médiation autre que celle de mon appel, un billet d’avion en partance pour la ville de lumière, trois fois sainte, la ville où toute la paix de l’existence devrait être résumée, la ville que Yahvé avait donné à son peuple et à toute sa descendance à savoir l’ensemble des habitants de la terre, la ville où le maître mot est « j’aime », Jérusalem.

Je voulais, en tant que martyre de la vie, proposer mon humble personne en sacrifice, sans que personne ne me demande rien. Je voulais arriver là-bas en sauveuse de conscience bien que la mienne soit un peu fêlée, me rendre en compagnie d’enfants, de plein d’enfants malades, de ceux qui donnent des leçons aux adultes parce qu’ils ont compris bien mieux qu’eux tout le sens de «joie de vivre», et me tenir devant le mur où les gens viennent chercher espoir et n’y font, finalement, que se lamenter sur leur propre sort, au lieu de le faire sur celui des autres.

J’avais l’intention, avec un enfant, main dans la main, et d’autres qui nous auraient suivi voire précédé, d’aller me planter devant ce fameux mur pour lequel tout le monde se bat, alors qu’il suffirait d’en construire d’autres, et de délivrer un message venu tout droit de mon fragile inconscient, aux mitraillettes qui défendent ce mur de ceux qui viennent y pleurer et qui n’ont pas les mêmes idées.

Je souhaitais dire, avec quelques phrases simples, qu’une guerre est inutile quand il s’agit de protéger des pierres, d’interdire de penser autrement, d’obliger des êtres humains au cœur tendre de devenir des cœurs de pierre et qui, à leur tour, emmureraient leur prochain plutôt que d’accepter que d’autres qu’eux qui ont conquis la muraille, un tas de caillasse symbolique qui n’a jamais sauvé quiconque de l’emprisonnement défectueux de leur âme humaine, ne s’en approchent pour simplement le toucher, en hommage à ce Dieu qui a cru en nous bien plus que l’on a cru en lui.

Je désirais crier, avec tous ces enfants, pour mettre en déroute ces hommes armés, en déroute individuelle et collective, leur demander de déguerpir plutôt que de salir ce lieu qui appartient à tous les croyants et les non-croyants de la planète en dérive. Les enfants auraient parlé de leurs souffrances qui font tourner la tête pour ne pas que les yeux voient le mal incurable qui les ronge, qu’on ne peut annihiler, et qui au lieu de rendre aux regards jetés l’allégresse de se sentir soi-même heureux d’être vaillant, met en lumière le défaillant que chaque homme porte en lui.

Ils auraient dit, à tous ces sots, des baïonnettes aux chars d’assaut, allez-vous en, partez loin d’ici non pas vers la terre qu’on vous a soi-disant promise mais vers celle où vous vous sentez bien, où vous vous sentez de faire le bien, en décidant de fondre vos armes pour bâtir un autel à la gloire de la paix enfin retrouvée.

Ce mur appartient à ceux qui le respectent, qui veulent le voir et le toucher pour y puiser réconfort, force et sérénité. Ce mur appartient à tous ceux qui l’aiment, à tous ceux qui s’aiment, dans le respect et la dignité. En mémoire de ce que l’on nous a donné de plus précieux inscrit dans notre esprit, la vie.

Je n’ai pas eu le courage d’y aller, mais je l’ai pensé. Les pensées mènent le monde paraît-il, la mienne n’a conduit personne là-bas, ni les enfants ni moi, n’a rien fait pour arrêter l’absurde ambiance qui règne en faisant naître l’assurance que tout devrait devenir beau. L’existence n’étant rien sans le beau. Alors, s’il-vous-plaît dite-leur, dite-leur ce que moi je n’ai pas eu la hardiesse de leur déclarer, que tout cela cesse, rendez à Jérusalem le pouvoir de faire ce pourquoi elle est née : aimer.

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Ces Portes qui nous mènent…

29 juin 2011 at 15 h 09 min (Coups de Coeur) (, , , , )

Marcher dans un long couloir sombre, où les portes alignées sont toutes fermées, d’un côté comme de l’autre, aucune ouverture sur le monde, les embrasures semblent scellées.

A chaque extrémité de ce couloir, une porte aussi, close aussi. Mais ce qui se devine derrière paraît brûlant, tout comme l’enfer qui nous attend. Ces portes-là, il ne faudrait pas qu’elles s’ouvrent.

Arpenter le couloir, avancer et reculer, sans jamais s’approcher de ces portes, celles du fond, qui nous happeraient avec violence, nous emporteraient dans le tourbillon de nos peurs et de nos erreurs, nous réduiraient au silence quand les cris nous mangeraient de l’intérieur.

Avancer pas à pas, sans jamais aller trop loin, en s’arrêtant en chemin, devant une porte, voir si elle s’ouvre d’elle-même ou s’il faudrait la forcer, voir si elle a une poignée, si les gonds peuvent tourner, avec un pincement au cœur de ne pas savoir ce que derrière peut s’y cacher.

Il faut en ouvrir une, au moins une, on est obligé, la choisir est là toute la difficulté car l’on ne peut soupçonner ce que recèle l’autre côté, estimer le destin qui nous attend, le chemin que l’on prend, vers une impasse ou vers la liberté.

Lorsque l’on a ouvert suffisamment de portes et accepté de suivre où elles nous ont conduit, tiré les conclusions et compris ce qu’elles nous ont ordonné de vivre, plein d’humilité et d’humiliation mélangés, le couloir nous appelle et nous y revenons.

Marcher, dans ce long couloir sombre, où les portes alignées sont de nouveau fermées, sur le passé que nous avons rencontré et sur l’avenir où nous n’avons pas voulu aller.

Par chance, par hasard, ou parce qu’on l’a mérité, parce que l’on a été juste dans nos actes et pensées, dans le regard que l’on porte sur nous-mêmes, sur les autres, que l’on a digéré l’existence comme il fallait, parce qu’on l’a accepté, au milieu se trouve une autre porte.

Cette porte-ci n’est pas fermée, il s’agit d’une arcade où l’on est à l’abri, des maux, du vent, des tornades, de la nuit. Au loin on aperçoit une haie taillée et un grand arbre baigné d’un soleil affectueux d’une tiédeur pleine de quiétude. Aucune inquiétude ne survient puisqu’on connait cette allée  car nous y sommes déjà passés, un jour il y a très longtemps et que l’on sait ce qu’on va y retrouver.

De l’eau qui coule sans fin, de l’herbe verte et tendre, des fleurs écloses et des arbres fruitiers. La paix.

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Aux Promeneurs Des Pages

16 avril 2011 at 19 h 39 min (Coups de Coeur) (, , , , , , , , , , , )

Le Profil

Je sais que tu passes sur mon profil.
Tu lis ce que j’écris, tu regardes mes photos.
Tu comptes mes amis, les nouveaux.
Les bribes de vie que je distille,
Les mots que j’envoie à qui les voudra,
Je sais que tu les reçois.
Tu viens, souvent.
Chaque phrase échangée tu l’entends, tu l’attends.
Furtivement, tel un souffle de mystère fuyant,
Tu passes, tous les jours,
Sans rien dire, sans consentir à te livrer en retour, à réagir,
Sans me donner des bouts de toi à ton tour.
Tu surviens et tu repars, tu reviens,
Mine de rien, tu n’emportes rien.
Tu ne laisses rien.
Sauf des traces.
Car vois-tu dans mes pages,
Sous mes mots, mes images,
Qui s’étalent un moment, fugaces,
Et s’entrelacent sous tes yeux,
Pour te conter un peu
Ce que je suis et ce que je deviens,
Il y a des traceurs,
Ton ordinateur, ton routeur, les miens.
Il y a des voleurs
D’empreintes de passages
Qui me laissent des messages
Me disant qui tu es, d’où tu viens.
De quel pays, de quelle ville,
A quelle heure. Et pour les plus subtils,
Ton nom, ton adresse, et tes liens.
Ceux par lesquels tu arrives, les fenêtres,
Ceux vers lesquels tu disparais, anonyme que tu crois être.
Tout se voit tu sais,
Tout se sait tu vois.
Alors, quand tu passes sur mon profil,
Quand tu lis ce que j’écris, que tu regardes mes photos,
N’oublie pas de me faire un signe, c’est facile,
Un simple salut, une envolée versatile, voire un commentaire futile,
Ou juste un petit mot, déposé incognito.

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Le Trône de la République

11 avril 2011 at 23 h 20 min (Coups de Gueule) (, , , , , , , , )

J’entends ça et là, à la radio, à la télévision, dans les journaux, sur internet, partout en fait, que des élections en France, petite province du Monde, se prépareraient dans le plus grand secret.

Chut. Nous n’entendons rien. Nous ne savons pas qui, pas quoi et surtout pourquoi.

Hier encore j’allumais la télévision pour me divertir et je ne fus pas déçue. Pêle-mêle des choses à rire, quelques trucs à penser, du bloubiboulga, des opinions, des pubs, du rien, la vie quoi.

Soudain, j’ai entendu une phrase, une phrase qui en cette période tumultueuse, où les révoltes éclatent, des révolutions même, où les gens se rendent comptent au fond d’eux que tout va de travers, que ce n’est plus acceptable et qui crient, en silence (pour l’instant), est mal tombée. Voilà, c’est le mot. Tomber, on peut tomber à plat, tomber des nues, tomber sans se faire mal, mais cette phrase-là, elle est tombée sur moi.

Nous avons, actuellement, dans notre petite province du Monde, un Président de la République acoquiné d’une femme, interviewée dans une émission juste pour savoir si elle pense, si elle sert à quelque chose, si elle a son mot à dire, et qui se délecte d’une même phrase, d’un bon mot trouvé par je ne sais quel professionnel en communication déplorable, et qui se répercute depuis plus d’un an de journal en journal, comme un trait d’esprit qu’aurait prononcé Nietzche ou Voltaire, ou l’un de ce genre-là, et cette phrase, hier, m’a bouleversée.

Elle répondait à la question à savoir de quel côté du lit, elle et son mari dormaient, ce qui n’intéresse même pas leur propre famille, mais qui secoue la France en rebondissant toujours et toujours, en vain. Elle a dit quelque chose qui commence par « quand nous dormons au palais… ». Au palais. Elle dort dans un palais, celui de la France.

La France n’est pas un royaume. La France n’a pas de palais ou du moins ne devrait pas en avoir. En France, un jour, le peuple tout entier s’est levé en criant qu’il ne voulait plus de palais justement, de tout ça, des lustres, des banquets, des révérences.

Qu’il subsiste quelque part un palais, pour la mémoire, le souvenir, comme une alerte, un rappel, où serait inscrite sur le fronton la fameuse déclaration qui fait (faisait) la gloire de notre province, c’est bien. Que quelqu’un y dorme pourquoi pas, quoique qu’il ne faudrait pas trop dormir, pas trop souvent, pas trop longtemps. Un questionnement : qui est aux commandes quand le roi dort ? La reine ? Non, elle dort à ses côtés. A gauche ou à droite nous n’avons pas très bien compris, le trait d’esprit étant réservé à ceux qui les conçoivent ou qui les répètent correctement.

Dans ces temps houleux où la misère, de plus en plus palpable, de plus en plus visible, que l’on ne contient plus, que l’on n’arrive plus à cacher et qui ne veut plus se cacher, nous ne voulons pas de quelqu’un qui nous dirige en dormant, dans un palais qui plus est, à droite comme à gauche.

Nous voulons d’un décideur, qui écoute, qui regarde, qui entend et qui voit. Et que des personnes, celles qui l’entourent ne donnent plus de conseils aussi bêtes qu’une rumeur, mais agissent, quand le roi dort pour récupérer de son labeur. Quelqu’un qui sache mener cette République que nous avons acquise en comptant nos morts, le sang versé, les colères éclatées et les têtes tranchées.

Beaucoup, trop de monde, veulent la place du roi, celui qu’on a mis là en espérant qu’il fasse ce qu’on attendait de lui : aider le peuple à vivre, dans la dignité, la responsabilité et la sérénité.

Beaucoup, trop de monde, voudraient monter sur le trône de cette République qui souffre, avec des intentions qui ne sont pas les bonnes : des mégalomaniaques, des versatiles, des régressistes, des spéculateurs, des mécréants, et d’autres, tant et tant d’autres pour la gloire, l’égo, l’argent, pour faire la fierté de leurs parents.

Et moi je dis ceci : celui qui montera sur le trône vaquant devra faire attention. Qu’il sache en toute connaissance de cause ce qui l’attend. La tête sur les épaules n’y restera pas s’il failli à cette mission-là. La République et le peuple qui décide pour elle, recommencera toujours et toujours pour peu qu’il se réveille, à faire tomber la couronne du roi et celle de sa cour, ainsi que son palais dans lequel plus personne, à la longue ne dormira, ou alors dans une torpeur profonde, si bien que le Monde verra une province disparaître.

Des élections se préparent, paraît-il, en silence, quelques fois, avant la grande Ola.

J’irai voter parce que j’en ai le droit, parce que mes ancêtres se sont battus pour ça et que je veux en être l’héritière. Je voterai pour celui qui aura les couilles d’aller au front en sachant tout cela, d’où qu’il vienne, quand bien même faudra t-il donner une leçon à cette France que j’aime tant.

Je voterai pour celui qui aura les tripes d’y aller pour résoudre les problèmes des autres avant les siens, pour celui qui aura conscience véritablement que la vie des gens est en jeu, que leur sort est entre ses mains, qu’il faut faire vite, qu’il faut faire bien. Et qui est prêt à mettre sa tête et non pas son cul sur le trône, à prendre le risque que sa propre tête tombe parce qu’elle tombera inévitablement s’il manque à son devoir, sa tête à lui ainsi que celles de tous ses courtisans.

Je crierai s’il le faut, je donnerai l’alerte, je remuerai le Monde d’une façon ou d’une autre, pour qu’on regarde la province France, pour qu’on la juge, pour que le peuple se soulève et se relève de cette guerre qui se prépare, si cette attente, son attente, est déçue, et se meut en désespoir une nouvelle fois.

Ceci n’est pas une promesse, je ne fais pas de promesses moi, j’en fais le serment et je le jure, et je l’écris, simplement.

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Le Fort Intérieur

11 avril 2011 at 22 h 55 min (Coups de Tête) (, , , , , )

Il y a bien longtemps déjà, quelque chose s’est cassé.
Cette chose était en moi, un moment ébréchée,
Et puis au fil des jours, tout au long des années,
La fêlure,
Encore invisible, s’est transformée en faille.

D’abord, une entaille
S’est ouverte et a fait chavirer
Une blessure
Secrète que je n’ai pas soignée,
Elle s’est muée lentement en cassure
Incurable
Menaçant d’assassiner certaines facultés
Les fracturant d’un procédé irrévocable.

La cervelle déchirée, l’âme étranglée, l’esprit à vif
La fragilité mise à nue de l’état émotif
Semble avoir semé le trouble autour de cette plaie vivante
Que je suis devenue, tantôt froide, tantôt brûlante.

Cette curiosité suscitée par cette attristante écorchure,
Étonne. Intrigue. Inquiète. Amuse aussi parfois.
Et cet amusement-là. Cet effroi. Ce questionnement.
M’oblige à la brandir, cette signifiante meurtrissure,
Pour me cacher, me montrer, m’expliquer,
Interpeller.

Je ne suis plus que ça aux yeux des gens normaux :
Un crime perpétré, une gifle à la règle, un défi à la loi,
Un tort causé au monde par le seul fait de mes maux,
D’exister par les clameurs et les pleurs, d’être moi.

A force de tour de force pour me sortir de cet imbroglio
De solitude souffrante plus que de société confondante,
J’ai dans le corps une sorte de Fort Alamo
Empêchant l’ennemi d’atteindre le rire qui me hante.
Car je ris, et souvent, jusque dans la tourmente.

Ces éclats de bonheur d’une pureté séduisante,
Intimement cachés au plus profond de mon cœur
Ne se voient qu’aux travers des silences et des heurts.

Je suis une forteresse imprenable pour qui emploi les cris,
L’injonction, l’oppression, la violente tyrannie
De la normalité.
Mais face à la tendresse répétée, l’intérêt distillé par l’écrit,
J’offre le privilège à certains de posséder les clés
Car nulle porte descellée ne peut rester fermée.

Chaque effraction me renforce dans ma lutte contre l’autre qui assaille.
Chaque invasion se soldant par un revers de médaille.

Je m’ouvre à celui qui écoute et non pas à celui qui entend.
Je m’ouvre à celui qui vraiment me comprend.

Ma guerre n’est pas vaine : je combats pour ma survie,
Pour ceux qui dans mon existence ont conscience de qui je suis.
Et qui prend part à la bataille, invités au sein de mon Fort
N’en seront, pour toute la vie, à chaque conflit, qu’aimés plus fort.

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